L’enfance sans l’art

Article paru dans Le Devoir, jeudi 11 novembre 2011

L’enfance sans l’art
La majorité des enfants canadiens ne participent « presque jamais » à une activité artistique
Frédérique Doyon

On commence par la bonne ou la mauvaise nouvelle ? La majorité des enfants du pays, âgés de trois à sept ans, ne participent « presque jamais » à une activité artistique hors de l’école… Mais la proportion de ceux qui s’y adonnent régulièrement s’est maintenue, voire s’est accrue de 1998 à 2008. En matière de pratique artistique chez les enfants, c’est la loi du tout ou rien. Soit on en fait souvent, soit on n’en fait quasiment pas. Si la musique et les autres arts attirent chaque semaine presque un enfant sur cinq, ce sont donc 80 % jeunes qui ne suivent « presque jamais » ce genre de cours, selon un rapport publié hier par Hill stratégies recherche. Un maigre 2 % de cette population préadolescente s’y consacre une fois par mois.

La bonne nouvelle ? De 1998 à 2008, les petits musiciens et autres artistes en herbe (âgés de quatre à sept ans) sont passés de 14 à 19 %. Ces données sont tirées du National Longitudinal Survey of Children and Youth mené en 1998, puis en 2008. La firme Hill stratégies recherche a concentré son analyse sur les pratiques artistiques chez les enfants, à propos desquelles il existe peu de données selon la firme.

Les arts du corps sont plus populaires auprès des jeunes. Les cours de danse, de gymnastique et d’arts martiaux ont attiré chaque semaine plus du tiers des petits Canadiens (38 %) âgés de trois à sept ans en 2008. Un intérêt qui semble aller grandissant puisqu’en 1998, seuls 27 % des jeunes faisaient leurs pirouettes et leurs katas régulièrement. Ce qui laisse tout de même 64 % d’entre eux qui ne foulent presque jamais le tatami ou le tapis.

Le plaisir de lire décroît avec l’âge ?

De trois à six ans, près de trois enfants sur quatre essaient de lire par eux-mêmes ou feuillettent un livre ou un magazine tous les jours (en 2008). À sept ans, ne reste qu’un jeune sur deux qui lit quotidiennement pour son plaisir, en dehors des activités scolaires. Cette tendance à voir décroître l’intérêt pour la lecture en vieillissant s’est d’ailleurs accentuée depuis 1998. Si la part de lecteurs âgés de trois à cinq ans est demeurée stable de 1998 à 2008, les lecteurs de six et sept ans sont passés respectivement de 77 % et 58 % en 1998 à 70 % et 52 % en 2008.

Comme les grands, les petits Canadiens ne sont pas tous égaux devant les arts. On connaît la chanson : les taux de participation aux activités artistiques régulières sont plus élevés chez les rejetons de parents éduqués, dont le salaire égale ou dépasse le seuil de faible revenu établi par Statistique Canada, et qui vivent dans les grands centres urbains.

Quelque 10 300 répondants adultes ont été sondés pour réaliser cette enquête.

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